Le problème des deux chemins
En regardant un extrait d’une commission des Affaires
Etrangères portant sur l’espace qui s’est déroulée le 22 Janvier 2020, un
problème m’est apparu. En effet, cette commission exposait la question de la
militarisation de l’espace (ou arsenalisation comme le précisait le Général Michel
Friedling) ainsi que de sa privatisation à des fins commerciaux. Cette question
est, à mon sens, à rapprocher des thématiques du transhumanisme, des technologies
carbone-négatives, de la bio ingénierie, etc. dans le sens où ce sont des marqueurs
d’une inertie du système actuel qui force tous les partis prenants à accélérer.
Les états et les entreprises privées sont littéralement piégés
par l’innovation. Les entreprises qui ne sont pas dans la course à l’innovation
ultra technologique se feront manger par la concurrence, et les états ne se
dotant pas de ces technologies auront à craindre pour leur souveraineté et la
sécurité de leur population. Les promesses de technologies carbone-négatives
sont un symptôme criant quant à l’impossibilité de sortir de cette course,
puisqu’elles marquent la pérennité de la dépendance financière. Forcé de rester
dans la course à l’innovation à visée critique, le système tente de résoudre la
question climatique avec les armes qu’il connait, l’investissement.
Là est tout le problème, la vieille histoire du marteau qui
ne voit que des clous. Le système actuel doit dégonfler. Mais comment allier
cette décroissance avec la pression politico-militaro-technologique vers la croissance ?
C’est une question qui n’est absolument pas prise en compte dans le débat
écologique, de même que la question des relations internationales. On peut s’accorder
à dire qu’un monde décroissant serait chaotique et dangereux avant de devenir
un monde apaisé. C’est en gros le discours écologique actuel, se préparer à des
temps difficiles ensembles afin de reconstruire un monde plus sain par la
suite. Mais cette conception ne prend pas en compte l’aspect militaire. Un pays
qui choisit l’écologie aujourd’hui est un pays à la merci de celui qui
perdurera dans le système. Une solution serait un gouvernement mondial, mais il
est à la fois rejeté par les gouvernements, refusant de coopérer ou se heurtant
aux contraintes de la coopération, ainsi que par les populations, désireuses de
souveraineté, et ce même en réduisant l’échelle, comme par exemple la
désolidarisation de l’Europe, de l’Amérique du Sud ou de l’Asie. Le système a
précarisé les populations, qui maintenant demandent à être valorisées, et a
forcé les états à la croissance, ce qui précarise encore plus les populations. Un
magnifique cercle vicieux.
Le résultat n’est pourtant pas si mal pour la planète :
une émergence de gouvernements d’extrême droite à visés souverainistes et protectionnistes.
Moins de commerce mondial, des populations qui se sentent valorisées, tout
bénef ! Des bases parfaites pour un renouveau. Ou pas. Ces gouvernements n’en
ont que faire de l’écologie, mais à la limite un bon lobbying vert bien placé
pourrait résoudre le problème. Le réel souci vient de la philosophie
non-coopératrice de ces gouvernements, qui vont forcément, à un moment ou à un
autre, lancer une course à l’armement et à la technologie pour aller manger
dans le jardin du voisin.
C’est ce qu’on remarque avec les Etats-Unis, la
Russie, la Chine et l’Inde, tous capables de détruire des satellites en orbite
basse, et tous dirigés par des souverainistes. Les Etats-Unis et la Chine sont
également connus pour être les leaders de la bio ingénierie, du transhumanisme,
des technologies carbone-négatives, des investissements militaires, de l’intelligence
artificielle et de la surveillance de masse. Néanmoins, on remarque des alliances
qui naissent de l’escalade des tensions. La Russie se rapproche de la Chine, l’Inde
et le Brésil se rapprochent des Etats-Unis, et tout ce petit monde s’accorde à
dire que les musulmans sont les méchants. Même si tout cela a un arrière-goût
de Guerre Froide, pas certain que les alliances tiennent dans le temps ou sans
conflit USA-Chine. Qu’ils le veuillent ou non, les énergies fossiles ne sont
plus là pour très longtemps, et lorsque l’on a doublé la taille de son armée et
qu’on s’est doté d’armes très énergivores, les réserves de pétrole du voisin
sont appétissantes.
Récapitulons. Nous avons un système en inertie qui précarise
les populations et déstabilise l’environnement, poussant les populations à
désirer des gouvernements autoritaires et souverainistes, qui vont à la fois s’isoler,
même si des alliances temporaires peuvent exister, et poursuivre la course à l’armement
et à la technologie. On est loin du monde apaisé rêvé par les écologistes, et c’est
pourtant ce vers quoi on se dirige. Mais du coup que fait-on ?
Les deux moteurs de la fusée sont la colère des populations
et l’innovation technologique. Le premier point mène soit à l’arrivée d’un
gouvernement souverainiste, soit à la désolidarisation de la population de son
gouvernement, avec dans le pire des cas des tirs sur la foule et une guillotine
en fin de parcours. Le second mène soit à l’épuisement total si la coopération
est absente, soit au bien être supposé si les parties prenantes collaborent.
Nous avons donc 4 scénarii possibles, alors déroulons.
Scénario 1 : Business As Usual
Celui-ci semble être la piste actuellement suivie, avec des
gouvernements souverainistes et non-coopératifs (sur le long terme) qui
apparaissent structurellement un peu partout. L’hégémonie mondiale est
convoitée par les Etats-Unis et la Chine, et les autres gouvernements choisissent
leur camp. Un des deux camps sort vainqueur, ou tout le monde sort perdant et
irradié mais essayons de rester optimiste, et là commencent les guerres dans le
bloc des vainqueurs, avec très peu d’énergies fossiles restantes à disposition
et des populations opprimées par l’effort de guerre. On peut également rajouter
une couche d’inégalité à l’intérieur des états, avec des populations aisées
augmentées par biotechnologie et bio ingénierie. Résultat des courses :
beaucoup de morts et +10°C de réchauffement planétaire puisqu’il a fallu
extraire toutes les énergies fossiles pour la guerre. Pas terrible.
Scénario 2 :
No State No Law
Ici, on suppose que les populations vont rejeter leurs
gouvernements respectifs, qu’ils soient mondialistes ou souverainistes, et que
Jean-Claude Jüncker aura enfin sa carte de l’Europe à 95 régions. Politiquement
stables du fait de l’échelle, les régions décident de ne pas coopérer. A ce moment-là,
deux possibilités : soit les régions se font la guerre, en somme un
Scénario 1 à taille réduite, soit un nouvel acteur fait son arrivé, les
GAFAM-BATX. Et oui, plus riches et technologiquement avancés que certains pays
aujourd’hui, dans un monde morcelé, ces entreprises géantes seraient
probablement les premières puissances mondiales, au-dessus de toute juridiction.
En partant de là, l’imagination est notre seule limite, et le résultat pourrait
aller d’un monde apaisé tout en étant très technologique, à un monde qui fait
fantasmer les auteurs de cyberpunk. Incertain.
Scénario 3 : Planète Réseau
Scénario 4 : Planet First
Terminons ce tour d’horizon par un scénario qui ravira les
réalistes. Ici, pas d’explosion des gouvernements, mais des souverainistes
écologistes qui prennent le pouvoir. Souverainistes écologistes ? Et oui ! Les deux ne sont pas incompatibles,
la différence avec les souverainistes actuels est l’ouverture sur le monde, la
capacité de dialogue. Pour un souverainiste, la question de l’autonomie est cruciale,
et on assisterait à l’essor des énergies renouvelables, de l’agriculture
durable et des formes d’économies protectionnistes bienveillantes. Les états se
renfermeraient économiquement, on poursuivrait la chute du commerce mondial, de
la délocalisation et du tourisme, mais le dialogue entre eux ne serait pas
rompu, tous coopérant afin de maintenir notre système en équilibre, tous
décidant de sortir de la course effrénée à la croissance. Le paroxysme du mouvement
serait atteint lorsque la Chine ou les Etats-Unis décideraient de sortir de la
course à l’hégémonie, du fait de la pression de leur population et des risques
climatiques menaçant leur territoire ou ses alentours. On verrait apparaitre
des coalitions afin de réprimander les états réticents, parfois même
militairement, ce qui ferait que ce modèle en équilibre est structurellement
instable, mais que les états maintiendraient ainsi, par peur d’une plus grande
incertitude. Toutefois, ce modèle se paierait probablement par de l’autoritarisme,
avec une surveillance de masse des populations nécessaire au respect des
règles, avec possiblement une élite augmentée biologiquement comme cela arrive
souvent dans les gouvernements autoritaires. Un scénario qui suit la tendance
actuelle et qui ne nécessite qu’une nouvelle sous-ligne politique, Planet First !
Probable mais, enviable ?
La question du réchauffement climatique avec les tendances
actuelles du monde est une question épineuse et sans réelle bonne réponse, la
problématique étant de savoir quoi sacrifier et quoi valoriser. Les populations
ont leur destin en main et nous allons probablement assister durant ce siècle à
l’inversion du statu quo entre politique et économie, le premier reprenant les
rennes sur le second. Reste à savoir ce que les populations feront de ce
pouvoir retrouvé. Vont-elles faire preuve d’autant de sagesse qu’un enfant avec
un fusil d’assaut, ou décideront-elles de baisser les armes ?
Commentaires
Enregistrer un commentaire