Combien d'écolos faut-il pour changer une planète ? - Part.11/11 - Prospective & Conclusion


 Petit Exercice de Prospective pour Gros Problème : Analyse, Scénarii et Conclusion

Nous arrivons maintenant à la fin de notre exposé. Grâce aux informations récoltées tout du long, nous sommes désormais capables de nous lancer dans un exercice de prospective, en proposant un arbre d’évolution et en jugeant du niveau de probabilité des différents événements possibles.
Le premier de ces évènements est la direction politique et sociale que prendront les populations des pays démocratiques. Nous sommes face à plusieurs options : une transition énergétique lancée à la demande générale des populations suite à un effet de contagion sociale réussi ainsi qu’au lobbying, une prise de pouvoir généralisée des partis populistes et donc une augmentation de l’autoritarisme et du protectionnisme économique, ou encore la conservation du pouvoir par les partis mondialistes libéraux. Aujourd’hui, toutes ces options sont encore possibles et l’on ne peut donner qu’un léger avantage à l’option autoritaire, notamment avec la situation politique en Union Européenne et aux Etats-Unis. Mais un effet de contagion sociale est par essence soudain et donc imprévisible, et un sursaut antinationaliste pourrait faire pencher la balance du côté des libéraux.
Une transition énergétique décidée par la population européenne ferait pression sur la politique américaine. Les Etats-Unis ne cèderaient probablement qu’en cas d’une transition énergétique lancée également en Chine, potentiellement contre l’avis de la population américaine. Une telle décision du président Xi Jinping pourrait se produire, mais uniquement en cas d’évènements imprévisibles comme un drame personnel ou une catastrophe naturelle dans son pays. Si les Etats-Unis restent sur leur politique actuelle contre l’avis de leur population, la Chine pourrait retarder le lancement de sa transition énergétique afin de faire craquer le gouvernement américain, dans un scénario proche de celui de la guerre du Vietnam, et prendre ainsi les rênes de la politique et de l’économie internationale. Une fois le gouvernement américain à terre, la Chine entamerait sa transition, craignant les répercutions directes du réchauffement climatique dans sa région. Dans l’option d’une transition énergétique décidée par la population européenne et américaine, la finalité est donc toujours une transition mondiale réussie. Le grand risque de ce scénario est qu’il fleurte avec un effondrement économique mondial. Un effondrement du gouvernement américain ferait couler les marchés financiers du pays, et donc provoquerait l’effondrement en cascade de la finance internationale. Si le gouvernement ne s’effondre pas, une fraction importante du PIB mondial sera dédiée à un investissement public irrationnel, ce qui mettra les marchés sont tensions alors que les niveaux de dettes actuels font déjà planer le risque d’une crise majeure. Un éclatement du système financier gèlerait le système bancaire et donc le commerce international, empêchant l’approvisionnement en nourriture dans les pays développés. Les institutions publiques seraient fermées, seuls les forces de l’ordre et les hopitaux fonctionneraient.
Les gouvernements tenteraient de sauver les banques, avec ou sans succès. En cas de succès, les dettes accumulées seraient des montants tellement exorbitants que ces dernières seraient probablement effacées, remettant l’économie à zéro et un système stable pourrait être rebâti. En cas d’échec, les institutions bancaires feraient probablement faillites. Devant le gèle des échanges mondiaux, les économies locales seraient sous perfusion, et le niveau de vie chuterait brutalement. L’armée serait probablement appelée en renfort pour maintenir l’ordre devant une population se préoccupant maintenant de ses besoins élémentaires. Si cette situation est généralisée à l’ensemble des pays développés, la suite ne peut être prévue. Il y aurait des possibilités de révoltes, des famines, d’épidémies et de guerres civiles. Le succès du sauvetage des banques est tout de même le scénario le plus probable, l’économie n’étant que fiction devant des conséquences aussi graves. Aucun gouvernement ne laisserait cela arriver. La transition énergétique pourrait donc être mise en place après un effondrement du système financier actuel et possiblement du gouvernement américain, la Chine devenant la plus grande force politique et économique au monde.
Dans le cas d’une prise de pouvoir autoritaire en Union Européenne, la première conséquence serait sa dissolution. La suppression de liens aussi étroits dans des pays développés et mondialisés aurait de graves conséquences. Les marchés financiers pourraient s’effondrer, débouchant possiblement sur une crise économique mondiale. Les pays européens, les Etats-Unis, la Chine et la Russie étant alors à ce moment dirigés par des régimes protectionnistes avec un penchant pour l’autoritarisme, la coopération pour le sauvetage du système financier ne serait pas évidente et déboucherait probablement sur une faillite généralisée des institutions bancaires, avec les conséquences que nous avons vu précédemment. Les marchés financiers pourraient cependant résister à l’annonce de la dissolution de l’Union Européenne. Nous entrerions alors dans une récession mondiale, la zone principale de consommation au monde se refermant sur elle-même. Les gouvernements protectionnistes redirigent l’investissement public vers l’industrie et l’agriculture afin de viser l’autonomie. Les pays étant auto-suffisants en énergies fossiles redirige la production vers une consommation interne. Les autres se lancent dans la transition énergétique faute de ressources. Les niveaux de vie générale des populations baissent du fait de la hausse des prix généralisée.
La Chine, les Etats-Unis ou encore l’Inde s’en sortent mieux du fait d’une consommation interne suffisante. Les tensions s’accentuent entre Etats-Unis et Chine tandis que l’Inde prend de plus en plus de pouvoir. Des conflits éclatent entre Inde, Pakistan et Chine pour le contrôle du Cachemir et de l’Indochine. Les Etats-Unis soutiendraient probablement l’Inde alors que la Russie se joindrait à la Chine. La menace d’une escalade nucléaire plane pendant que la question climatique est mise en suspens. Le réchauffement climatique poursuit son avancé tandis que les stocks d’énergies fossiles virent au rouge. La contraction de la production énergétique durant des conflits s’étalant dans la durée affecte les populations. Ces dernières se révoltent et les conflits cessent, laissant des pays appauvris. Face à la problématique énergétique, les solutions de reconstruction, tant politique que matérielle, sont minces. Certains pays tombent dans la guerre civile tandis que d’autre se morcèlent, laissant les populations se réorganiser à une plus petite échelle. Les pays européens qui n’avaient pas de ressources fossiles s’en sortent mieux car désormais auto-suffisants en énergie, mais attisent les convoitises de leurs voisins en pleine décrue énergétique subie. Là encore, des conflits peuvent éclater. Les émissions de CO2 approchent désormais du zéro mais le réchauffement climatique a dépassé les 3°C, enclenchant les boucles de rétroaction. Le climat se dégrade petit à petit, déstabilisant les gouvernements encore en place. La population mondiale en valeur absolue a drastiquement chuté.
Ces scénarii sont malheureusement assez probables étant donné la direction politique prise en Union Européenne et les tensions existantes entre Chine et Etats-Unis. La question de l’Inde est secondaire car le pays pourrait être évincé du scénario et placé sous contrôle chinois ou américain à cause d’une guerre avec le Pakistan, soit pour le contrôle du Cachemire soit pour les ressources en eau. La finalité serait donc un conflit entre Chine et Etats-Unis dans la durée, aboutissant à une décrue énergétique subie et donc des effondrements des gouvernements. Les deux seuls pays pouvant résister tout au long de ces scénarii sont la Russie et le Canada, jouant des rôles secondaires dans les conflits et pouvant se maintenir stables grâce à leurs ressources en énergies fossiles. Le climat serait également avantageux pour eux étant donné leurs positions au Nord, mais ils se heurteraient inévitablement à la décrue énergétique.
Enfin, une conservation de l’emprise des marchés financiers sur la sphère politique empêcherait une transition énergétique. La situation actuelle perdurerait plusieurs années, faisant augmenter les inégalités et donc les probabilités de passer sur le scénario autoritaire. Si les politiques parviennent cependant à maintenir le système en place, ce serait la volatilité qui ne ferait qu’augmenter. Chaque jour qui passe augmenterait la probabilité d’un effondrement du système économique. Dans l’hypothèse où il se produirait, nous aurions soit un passage au scénario autoritaire, soit un effondrement économique avec les conséquences que nous avions explicité dans le premier scénario, soit un sauvetage du système bancaire du fait de l’idéologie mondialiste et libéral alors en place. Un sauvetage des banques se conclurait la aussi soit par l’effacement des dettes à grande échelle, soit par une ou des récessions généralisées entrecoupées de crises comme nous en connaissons depuis la crise des subprimes. Dans tous les cas, la transition énergétique ne serait toujours pas mise en place et les ressources en énergies fossiles arriveraient à épuisement. Nous pourrions également subir une crise de trop qui ne laisserait pas les prix des énergies fossiles remonter. Les échanges seraient alors gelés.
Les approvisionnements deviendraient de plus en plus difficiles, entrainant des révoltes. Une escalade des tensions entre Etats-Unis et Chine n’aurait même pas le temps d’avoir lieu, les gouvernements s’effondrant les uns après les autres. Les famines, épidémies et guerres civiles se généraliseraient. Ce scénario inclue la possibilité d’un effondrement rapide et à court terme, nous permettant d’atteindre l’objectif de l’arrêt des émissions de CO2 du fait de l’effondrement des institutions et d’une chute importante de la population en valeur absolue, mais pourrait également se produire après le lancement des boucles de rétroaction climatique, ajoutant un milieu devenant de plus en plus hostile au chao. Ce scénario est aussi probable que celui où la transition énergétique est réussie, et donc moins que celui où les partis autoritaires et protectionnistes prennent le pouvoir, du fait que les inégalités poussent en avant les discours populistes et que de nombreux évènements peuvent faire basculer ce scénario dans le second.
Pour terminer, durant toutes les périodes stables traversant ces différents scénarii, un « miracle technologique » pourrait se produire. L’arrivée des technologies exploitant l’hydrogène peut se faire à n’importe quel moment, comme elle peut ne pas se faire du tout. La seule condition est un gouvernement stable qui permet à la recherche d’être financée, peut importe par quel type de gouvernement ou si un conflit armé est en cours. L’arrivée de ces technologies pourrait permettre à un pays en guerre les possédant de prendre l’avantage sur ses adversaires sur le long terme. Elle pourrait également déclencher des conflits, un pays en décrue énergétique convoitant les technologies de son voisin. De telles énergies permettraient une stabilité politique et un développement économique, mais comme nous venons de le voir, la stabilité requise pour leur développement n’est pas forcément assurée. On peut donc juger comme moins probable l’arrivée de ces technologies que les scénarii de transition énergétique et d’effondrement rapide.

Conclusion

Grâce à cette quantité d’informations acquise, nous pouvons maintenant répondre à notre problématique. Le réchauffement climatique provoquera à court et moyen termes une augmentation des catastrophes naturelles et des tensions sociales et géopolitiques. A long terme, il peut tout simplement être une cause de réduction de la population mondiale en valeur absolue.
Il est possible d’empêcher ces conséquences catastrophiques de long terme mais il sera toujours nécessaire d’en payer le prix. Une transition énergétique peut être réussie mais elle nécessite un investissement public du fait de sa non-rationalité économique. Elle peut également être instaurée par des régimes autoritaires et protectionnistes cherchant l’autonomie. Cette piste autoritaire est d’ailleurs le scénario le plus probable à la vue des directions politiques et sociales prisent actuellement. Cependant, un revirement de situation est possible. Pour cela, il existe deux mécanismes : le lobbying et la contagion sociale. Ces mécanismes peuvent déboucher sur une opinion publique favorable à la transition énergétique, à un régime autoritaire ou à une emprise des marchés financiers sur la sphère politique, en fonction de qui les utilise, mais avec une préférence pour les régimes autoritaires jouant sur l’individualisme dominant.

La transition énergétique est donc possible et surtout souhaitable puisque cet individualisme empêche les comportements coopératifs qui seraient salvateurs en cas de décrue énergétique subie. Des systèmes de gouvernance horizontaux peuvent maintenir les règles nécessaires à la coopération généralisée, mais le plus efficace reste l’autoritarisme.
Notre monde penche donc fortement du côté de la dérive autoritaire, qui serait au final plus sûre que d’autres scénarii, même s’il peut à tout moment s’envoler vers la transition énergétique de façon démocratique, ou sombrer dans un effondrement systémique rapide.

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