Combien d'écolos faut-il pour changer une planète ? - Part.9/11 - Géopolitique du réchauffement climatique (2/3)

Géographie, ressources et économie

Les Etats-Unis sont le quatrième plus grands pays du monde, représentant 7% des terres émergées, et font partie des 17 pays méga-divers du fait de la grande biodiversité du territoire. Le territoire américain est également très riche en ressources, que ce soit agricoles, énergétiques ou minières. Seconde puissance économique mondiale, les Etats-Unis sont passés premiers producteurs mondiaux de pétrole en 2015, au coude à coude depuis avec l’Arabie Saoudite et juste devant la Russie, mais exportent peut du fait d’une demande interne importante, le but visé étant donc l’autonomie. Ils sont également premier producteur de gaz naturel mais également 4ème importateur mondial, là aussi du fait d’une demande interne importante. Les Etats-Unis sont les seconds producteurs mondiaux de charbon, loin derrière la Chine qui en produit près de 5 fois plus, mais aussi premiers producteurs de kaolin, de magnésium, de phosphate et de sel ; seconds producteurs d’or, de souffre, de molybdène et de cuivre ; troisièmes de plomb ; quatrièmes de titane ; cinquièmes de zinc et d’argent et septièmes de fer. Ils sont également les premiers producteurs d’agrocarburants et l’Energy Policy Act de 2005 projette de remplacer 30% de leur consommation de pétrole d’ici 2030. Les Etats-Unis sont également les deuxièmes producteurs mondiaux d’énergies solaire et éolienne, derrière la Chine, mais cette production reste insignifiante à l’échelle de la consommation du pays en électricité.
La région n’a pas l’air très visée par le réchauffement climatique, hormis par la montée des eaux qui menaces la Floride et Hawaï, mais aussi New York ou Los Angeles. Le sud du pays sera très probablement inhabitable si la température mondiale continue de monter, mais ces régions sont déjà très peu densément peuplées, à l’exception de quelques villes comme Dallas, Houston et Las Vegas. Ces populations pourront aisément migrer vers le Nord du pays ou même vers l’Alaska qui deviendra sûrement plus habitable. Les vrais problèmes viendront des effets indirects sur l’agriculture, principalement située dans la Sun Belt qui s’étant d’Ouest en Est au Sud des Etats-Unis. Ces derniers auraient en faite intérêt à lutter POUR le réchauffement climatique du fait de la décrue énergétique que la lutte contre celui-ci entraine. Une décrue énergétique et donc une baisse constante du PIB ferait exploser le système financier américain, et la transition énergétique aux Etats-Unis semble être la plus improbable au monde, avec l’Australie et quelques autres, tant le niveau de vie et la consommation d’énergie par habitant sont élevées.
Les Etats-Unis sont un pays à fort potentiel d’indépendance étant donné la taille de leur secteur agricole, leur industrie toujours solidement ancrée et orientée sur l’ingénierie de pointe civile et militaire, ainsi que leur quasi autonomie en énergie et le niveau de vie élevé de ses 327 millions d’habitants, troisième pays le plus peuplé au monde. Les Etats-Unis ont une balance commerciale déficitaire de 450 Millions de dollars, pour 1.060 Milliards de dollars d’importations. Ils sont les plus gros importateurs au monde de textile, de métaux, de véhicules et de pièces de machines, seconds pour les produits chimiques et l’électronique. La Chine est le premier partenaire commercial du pays avec 37% de ses importations et 16% de ses exportations, via Hong Kong. 50% des importations de textile, de pièces de machines, de pièces électroniques et 30% des importations de métaux viennent de Chine. Les Etats-Unis sont les plus gros exportateurs de céréales et de services, notamment les technologies de la communication et le tourisme.
Les Etats-Unis maintiennent une très forte influence sur le monde grâce à leur poids et leur lobbying dans les instances internationales, à leur monnaie et leur langue utilisées partout dans le monde, notamment pour l’achat de pétrole, ainsi que par leur rayonnement culturel via Hollywood.
La Chine est le quatrième plus grand pays au monde, représentant 7% des terres émergées, et fait également partie des 17 pays méga-divers. Le pays est très riche en ressources : la Chine est le premier producteur mondial de charbon (46%), de tungstène, de zinc, de plomb, d’acier, d’étain, de molybdène, d’antimoine, de titane, de gypse, de graphite, de magnésite, mais surtout de terres rares. Les terres rares sont un groupe de métaux aux propriétés électromagnétiques particulières qui leur confère un statut stratégique dans notre société portée sur la haute technologie, et elles interviennent dans la production des convertisseurs d’énergies, notamment sous la forme d’aimants. La Chine en assure 80% de la production mondiale et détiendrait entre 40 et 60% des réserves mondiales, ce qui rend le monde dépendant de la Chine pour des métaux stratégiques. Elle possède également les quatrièmes réserves en charbon de la planète, mais la surproduction actuelle fait que la Chine a passé son pic de production en 2013, ce qui la contraint à importer du charbon, devenant même le premier importateur mondial, afin de satisfaire sa consommation, première mondiale également avec 50% de la consommation mondiale. Cette consommation est notamment dû à l’usage du charbon, qui sert de source de production de 70% de l’électricité du pays. Du fait de sa taille, de sa démographie et de son développement, la Chine se retrouve en première position d’à peu près tous les classements comme la production de coton, les importations de pétrole ou la production d’électricité, et donc des énergies renouvelables qui assurent, nucléaire compris, un peu plus de 15% de la production d’électricité du pays. La Chine consomme également 13% du pétrole mondial, assurant aussi 7% de la production d’électricité.
Un point important de la géographie du pays est la part importante de l’Himalaya présente sur le territoire chinois. Situé sur les provinces du Tibet et du Qinghai, l’Himalaya est la source de la plupart des fleuves alimentant en eau potable l’Asie du Sud-Est, notamment le Mékong et le Brahmapoutre qui alimente le Bangladesh et l’Indochine. La Chine possède donc le contrôle de son approvisionnement en eau potable, mais également celui des autres pays de la région, ce qui lui confère un avantage géostratégique majeur et qui explique pourquoi le pays est le premier producteur mondial d’hydroélectricité, du fait des nombreux barrages installés sur ces fleuves comme le barrage des Trois-Gorges, le plus puissant du monde.
Le pays est donc indépendant sur beaucoup de point stratégique mais cette caractéristique se dégrade avec l’épuisement des réserves de charbon et la consommation croissante du pays. La Chine est également dépendante d’autres pays pour son approvisionnement en pétrole, mais cet approvisionnement est assez diversifié, 6 pays fournissant chacun 10% du total, et donc sécurisé. La Chine reste cependant dépendante pour ses exportations des Etats-Unis, qui en représentent 25%, conséquences du niveau de vie élevé, et donc de la consommation, des américains. La capacité au protectionnisme de la Chine est importante, sa population représentant une grande capacité de consommation. Les exportations ne représentent que 2.8% du PIB en 2012 et la consommation interne augmente avec le niveau de vie de la population, ces derniers augmentant même plus vite que le PIB. La trajectoire protectionniste semble donc être privilégiée par le régime.
La Chine est réellement menacée par le réchauffement climatique de façon directe et indirecte. L’Himalaya subira une hausse de température supérieure au reste de la zone, faisant fondre les glaciers et les neiges éternelles l’été, ce qui engendrera des problèmes pour l’approvisionnement en eau à la fois de la Chine, mais aussi des pays alentours, augmentant les tensions dans toute la zone. Le Sud de l’Asie sera touché par une réduction des précipitations, tandis que le Nord, la Russie et le Nord de la Chine donc, verra une augmentation des précipitations l’hiver. Il y aura donc une intensification du phénomène de mousson, nuisible à l’agriculture, à la gestion de l’eau potable et à la production d’hydroélectricité, en plus des dégâts matériels et humains causés directement par les inondations. L’Asie sera donc particulièrement touchée par le réchauffement climatique et par les conséquences géopolitiques de ce dernier, point dangereux étant donné que la Chine, le Pakistan, l’Inde et la Corée du Nord possèdent tous l’arme atomique. Le cas de l’Inde et du Pakistan est tout particulièrement alarmant, comme nous l’avions mentionné avec le discours de John Kerry au Congrès américain, puisque le Pakistan est très dépendant de l’Inde pour son approvisionnement en eau et que les deux pays sont en guerre quasi ouverte depuis 1947 pour le contrôle du Cachemir, dont une partie est également controlée par la Chine. Les deux pays sont de confessions religieuses différentes et l’élection de Narendra Modi, ouvertement nationaliste et intégriste hindou, comme Premier Ministre de l’Inde a fait augmenter les tensions entre les deux pays. En février 2019, un attentat imputé au Pakistan par l’Inde a fait basculer le conflit dans une guerre ouverte entre les deux états tandis qu’en mai 2019 Narendra Modi a été réélu au poste de Premier Ministre.
Le réchauffement climatique pourrait donc bien avoir des conséquences désastreuses dans la région, mais la Chine ne semble pour l’instant pas les considérer comme plus importantes que son développement économique. La Chine est pourtant très engagée dans le développement durable, investissant massivement dans la recherche et la construction de son parc renouvelable. Cependant, les besoins en énergie de la Chine sont trop importants et en constante augmentation. La transition énergétique reste toutefois possible étant donné la nature autoritaire du régime chinois, pouvant rapidement déplacer les facteurs de production sur les énergies renouvelables en cas de réel besoin. Le pays aurait tout intérêt à lutter contre le réchauffement climatique, mais préfère d’abord concurrencer le statut hégémonique des Etats-Unis grâce à son développement, comme nous le verrons dans la prochaine partie.
Abordons maintenant le cas de la Russie, plus grand pays du monde et représentant 11.5% des terres émergées. Le territoire est majoritairement constitué de steppes au Sud, de forêts plus au Nord et de toundra encore plus au Nord, sur les bords de l’Arctique. Les territoires cultivés représentent 9% des territoires cultivables de la planète. Le pays compte aussi des chaînes de montagnes comme l’Oural, le Caucase ou le Kamtchatka, ainsi que des fleuves parmi les plus importants du monde comme la Volga, l’Ienisseï, l’Ob, la Lena et l’Amour, sans oublier le lac Baïkal, 6ème plus grand lac du monde et contenant 20% de l’eau douce lacustre mondiale. Par ailleurs, l’Amour est une frontière naturelle entre la Russie et la Chine.
Le sous-sol du pays est extrêmement riche. La Russie possède les premières réserves mondiales de gaz naturel (18%), dont elle est le second producteur mondial mais aussi le second consommateur, derrière les Etats-Unis à chaque fois ; la Russie assure 44% de l’approvisionnement gazier de l’Union Européenne. Elle possède également les sixièmes réserves de pétrole, dont elle est le troisième producteur mondial, assurant 14% de l’approvisionnement chinois et 42% de l’approvisionnement de l’Union Européenne. Enfin, la Russie possède les secondes réserves mondiales de charbon, derrière les Etats-Unis, des réserves encore peu exploitées, avec peu de production et peu de consommation, et qui seront certainement un atout stratégique du fait du pic de production atteint par la Chine alors que ses besoins ne diminuent pas. La Russie possèderait entre 6 et 17% des réserves mondiales de terres rares selon les estimations de Roskill de 2015, et environ un cinquième des réserves mondiales de bois, dont elle est un des plus gros exportateurs mondiaux. Le pays est également premier exportateur mondial de blé depuis 2016. La Russie est également dotée, vestige de l’époque soviétique, d’une industrie métallurgique lourde de grande capacité, compétitive et recelant un véritable savoir-faire, spécialisée dans l’armement, l’agroalimentaire et l’aviation.
Le pays est assez dépendant de la Chine pour ses importations et du pétrole pour ses exportations, qui en représente 45%, ce qui peut poser problème lorsque son prix baisse, comme ce fût le cas en 2014 et 2015. De plus, nous avons vu qu’à l’avenir le prix du pétrole n’allait pas forcément augmenter avec sa raréfaction, mais que c’est sa volatilité qui allait augmenter, ce qui peut faire tomber le pays dans une grave crise économique très rapidement. Le pays n’a pas de réelle capacité au protectionnisme, sa population étant trop réduite par rapport à la taille, et donc aux ressources, du pays. De plus, les inégalités de revenus empêchent une classe moyenne forte d’émerger, conséquences également de la part trop importante de l’énergie dans son économie, bien que les services soient en augmentation et atteindront bientôt les 60% du PIB. Comme tout pays axé uniquement sur les exportations, la santé économique du pays est dépendante de la santé économique mondiale et ne peut se suffire à lui-même.
Malgré tout, le pays n’a aucun intérêt à lutter contre le réchauffement climatique. En effet, le réchauffement climatique permettrait de développer l’agriculture dans le Nord du pays, mais pourrait également ouvrir une voie navigable le long de l’Arctique, permettant de relier le pays d’Est en Ouest par la mer. De plus, la fonte de la banquise Arctique permettrait d’exploiter de nouveau gisements de pétrole pour la Russie, pétrole qui pourrait du coup être acheminé par bateau jusqu’en Chine ou en Europe. L’amélioration des conditions de vie en Sibérie, simultanée à la dégradation de ces conditions sous des latitudes plus proches de l’équateur, engendrera probablement un mouvement migratoire des populations humaines vers cette zone et donc un développement généralisé. Du côté économique, la Russie n’a pas non plus d’intérêt à lutter contre le réchauffement climatique ou à organiser sa transition énergétique du fait de l’importance des énergies fossiles dans son PIB, mais elle devra diversifier son économie afin de moins subir la volatilité des prix du pétrole.
Enfin, l’Union Européenne est le 7ème plus grand territoire au monde, représentant 3% des terres émergées. Le territoire est un mélange de chaines de montagnes, de chaines de montagnes érodées et de plaines. Naturellement recouverte de forêts, l’Europe a subi une déforestation majeure depuis le Moyen-Age du fait de l’expansion démographique, des besoins en chauffage, de l’augmentation des surfaces agricoles et de l’industrie, notamment les guerres. Depuis, la déforestation s’est stabilisée et inversée, et aujourd’hui la surface forestière européenne croit de 800.000 hectares par an. Les grandes plaines d’Europe permettent une agriculture productive et le territoire est bordé par les mers et l’Océan Atlantique, assurant une production halieutique abondante mais mal gérée, à tel point que beaucoup d’espèces sont aujourd’hui déclarées en surpêche et soumises à des quotas. L’approvisionnement en eau de l’Union Européenne se fait à 70% par les nappes phréatiques bien que le territoire soit massivement parcouru par les fleuves comme le Danube et le Rhin.
A l’heure actuelle, le sous-sol européen ne recèle plus énormément de ressources hormis les champs de pétrole situés autour de la Grande Bretagne, ainsi que les champs gaziers anglo-saxons et néerlandais. De part l’appartenance de la Guyane à la France, l’Union Européenne possède des ressources en minerais et métaux hors du territoire continental, notamment de l’or, de la bauxite, du diamant, du kaolin, du manganèse, du niobium, du platine et du tantale. Malgré cela, l’orientation économique de l’Union Européenne vers les technologies de pointes lui confère des besoins importants de ces minerais et métaux rares, ce qui la force à les importer massivement. L’Union Européenne est très dépendante du reste du monde dans ce domaine, notamment de la Chine, comme le montre ce schéma de la Commission Européenne.


Source : Commission Européenne, 2010.
L’Union Européenne est également dépendante de la Russie, comme nous l’avons vu précédemment, pour ses importations de gaz et de pétrole, à environ 40% chacun. Cette dépendance de l’Union Européenne aux matières premières est contre balancée par la dépendance des pays exportateurs, de matières premières mais également de produits finis et semi-finis, au niveau de vie de la population européenne. De plus, l’industrie européenne est axée sur les technologies de pointes et la qualité de fabrication, ce qui la rend intouchable dans de nombreux domaines industriels car peu imitable. L’Union Européenne vit donc sur l’équilibre entre sa dépendance en matière première et le niveau de vie et de qualification de sa population.
L’Union Européenne a passé son pic d’extraction et les énergies renouvelables représentent une porte de sortie de cet équilibre économique. Le niveau de qualification de sa population lui permettrait de développer ces énergies renouvelables intensives en connaissances. De plus, la région sera très impactée par le réchauffement climatique. L’Europe méditerranéenne doit s’attendre à subir des périodes de sécheresse et des inondations, du fait de précipitations plus concentrées et de la fonte des glaciers se situant non loin des littoraux. Les plaines du Nord seront-elles aussi touchées par les inondations, encore plus violement que les régions au Sud. L’Union Européenne devra gérer l’utilisation des nappes phréatiques de sorte que les régions au Sud ne subissent pas de stress hydrique trop important. L’agriculture patira également du réchauffement climatique pour les mêmes raisons, des alternances entre vagues de sécheresse et inondations. L’Union Européenne pourrait également voir arriver des vagues migratoires en provenance du Sahel, en important état de stress hydrique. La montée des eaux aura également beaucoup d’incidences sur le territoire notamment en méditerranée et sur les plaines du Nord, exposées à un recouvrement par la mer du fait d’une altitude trop peu élevée, voir sous le niveau de la mer pour une large partie des Pays-Bas.
Les Etats-Unis et la Russie n’ont donc aucun intérêt à lutter contre le réchauffement climatique, à la fois pour des raisons économiques mais également en raison des conséquences environnementales neutres voir positives sur leurs régions. La Chine, elle, sera grandement impactée par le réchauffement climatique, directement et indirectement de par sa proximité avec des zones sous tensions hydriques. Elle prépare donc son parc d’énergies renouvelables mais ne souhaite pas encore renoncer à sa croissance. Enfin, l’Union Européenne a tout à gagner à organiser sa transition énergétique du fait des conséquences du réchauffement climatique dans la région, de sa dépendance aux matières premières étrangères, mais également de la nature individualiste de sa population qui nécessite cette transition, comme nous l’avions expliqué dans la partie précédente.

Sources : 

(1)    connaissancedesenergies.org
(2)   International Energy Agency ; iae.org
(3)   International Energy Agency (2018). Key World Energy Statistics 2017.
(4)   Planetoscope.com
(5)   Data.oecd.org
(6)   Data.worldbank.org
(1)    Globalfirepower.com

(2)   Food and Agriculture Organization of the United Nations, fao.org
(3)   French.china.org.cn
(4)   World Inequality Lab, (2018). World Ineqality Report.
(5)   Tansparency International, transparency.org
(6)   Atlas of economic complexity, Harvard : atlas.cid.harvard.edu
(7)   Mineralinfo.fr
(8)  Central Intelligence Agency, The World Factbook, 2018.

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