Combien d'écolos faut-il pour changer une planète ? - Part.4/11 - Energies Fossiles : dépendance et monde fini
Energies Fossiles : dépendance et monde fini
a.
L’exploitation d’une ressource à stock fini
Pour bien
cerner le problème que représentent les énergies fossiles, il faut commencer
par les définir. En effet, ces énergies sont fossiles, ce qui veut dire
qu’elles ont mis plusieurs millions d’années à être produites. Aux échelles de
temps qui nous intéressent, on peut donc partir du principe que les stocks de
ces énergies sont finis.
A partir de ce
moment, l’exploitation de ces ressources ne peut avoir qu’un seul
scénario : un début d’exploitation, où le stock est maximal, un maximum
d’exploitation et une fin d’exploitation, où le stock restant est de zéro. Une
exploitation croissante ou constante indéfiniment n’est pas possible, et le
maximum d’exploitation est ce qu’on appelle « le pic »
d’exploitation. Sachant cela, le bon sens et la théorie économique nous disent
que la valeur de ces ressources finies ne peut que croitre avec le temps étant
donné que leur rareté augmente.
Effectivement,
cela paraît être enfantin, mais en faite pas du tout. Le modèle de Black &
Scholes (1973) nous dit que le marché n’a pas de mémoire, que le prix de marché
suit une évolution stochastique, c’est-à-dire aléatoire, que les prix passés
n’influent pas les prix futurs, car sinon la tendance serait évidente et le
prix « futur » serait le prix « d’aujourd’hui » et aurait
dû être le prix « d’hier ». La variation du prix dans le temps se
fait donc dans un intervalle compris entre moins l’écart type et plus l’écart
type de façon aléatoire, c’est le « Random Walk ». Ensuite, les
ressources fossiles ne sont pas encore rares, nous n’aurions par exemple
extrait qu’entre un tiers et la moitié des réserves prouvés de pétrole et les
estimations de BP (20) nous donnent encore 50 ans de réserves pour une
consommation égale à celle de 2017, 50 ans également pour le gaz naturel et 130
ans pour le charbon, ou plutôt la houille.
La rupture de
stock n’est donc pas pour demain et c’est précisément ce qui fait que le prix des
ressources fossiles ne bouge que peut d’un jour sur l’autre et de façon
aléatoire, il est rythmé par les annonces de découvertes, d’avancées
technologiques, d’incidents et des statistiques de production et de
consommation. Le prix des ressources à stocks finis présentes en grandes
quantités est donc soumis à la psychologie des marchés (21), ce qui fait qu’il
varie peut d’un jour sur l’autre mais est exposé à l’effet de « cascade
d’informations ». Ce phénomène décrit la prise de position d’un investisseur
qui se base sur les estimations de ses pairs et non sur la réalité de la valeur
de l’actif, phénomène menant à des emballements de marché positifs, une bulle
spéculative, ou négatifs, les crises. Durant une cascade d’informations, la
fonction prix perd sa nature stochastique, les évènements passés influencent
les évènements futurs, le marché a une mémoire et il devient une boucle de
rétroaction. Hormis ces effets d’emballement, nous pouvons être sûr que dans le
futur la volatilité du prix du pétrole va augmenter, les investisseurs et les
politiques voyant l’échéance des stocks arriver et anticipant des scénarios
plus extrêmes.
A côté de
cela, les coûts d’extractions sont en hausse (20), ce qui se traduit par une
baisse du taux EROEI (Energy Return On Energy Invested), même si la tendance a
longtemps été amortie par les progrès techniques. C’est ce qui a permis
l’extraction des sables bitumineux du Canada, connus depuis longtemps mais
inexploités car trop dures à extraire et trop peu rentables. Mais le progrès
technique se heurtera toujours à des contraintes irréductibles et croissantes
dans le temps, ce qui fait que le taux EROEI global, aussi appelé coefficient
d’efficacité énergétique, baissera inexorablement, par la diminution du taux EROEI
sur les ressources majoritairement utilisées ou par la part grandissante des
ressources plus difficiles à extraire, et donc avec un taux EROEI plus bas,
processus déjà en cours par ailleurs.
Source : Jean-Marc Jancovici.
Nous faisons
ici l’emphase sur les énergies fossiles mais cette problématique est valable
pour toutes les ressources non renouvelables comme l’or, le coltan ou le
lithium. Les différents « pics » et la baisse des taux EROEI sont une
fin certaine. C’est ce qui pose également problème lorsque l’on parle
d’énergies renouvelables puisque dans la majeure partie des cas les instruments
utilisés pour extraire ces énergies « vertes » sont composés de
ressources fossiles et les énergies renouvelables ne le sont donc pas dans
l’absolu. Pour faire une liste non exhaustive des énergies renouvelables nous
avons le solaire photovoltaïque, l’éolien, l’hydraulique, les énergies marines,
les bio-essence-diesel-gaz, les déchets, le bois, les pompes à chaleur, le
solaire thermique et la géothermie. Dans la majorité des cas, l’énergie finale
recherchée est l’électricité et la méthode utilisée pour la conversion
requiert, dans la majorité des cas également, des métaux rares, comme du
néodyme pour les aimants, qu’il faut extraire, raffiner, transformer. La
création des convertisseurs est donc émettrice de CO2, à coût fixe, et il faut
amortir ce coup sur la durée de vie du convertisseur, en l’allongeant au
maximum.
Ensuite, la
non-pilotabilité de ces énergies fait que plus elles produiront d’électricité,
plus le prix de l’électricité va baisser, voir devenir négatif, car le réseau
ne pourra pas l’absorber.
Source : Jean-Marc Jancovici.
Comme
nous le voyons sur ce graphique, une production faible est rentable car elle ne
sature pas le marché, tandis qu’une production trop forte sature le réseau et
l’électricité est perdue. Ce graphique ne prend pas en compte la possibilité
d’exportation du surplus, ce qui est le cas. A l’échelle d’un pays, il faudrait
donc alterner entre une énergie pilotable et une non-pilotable afin de garder
un prix suffisamment élevé. Le problème est que les sources d’énergies
pilotables fonctionnent en réalité en quasi-continue. Une centrale nucléaire ou
a charbon ne s’arrête quasiment jamais, du fait de l’inertie, et il faut un
apport supplémentaire d’énergie pour l’arrêter, même si pour le nucléaire haut
de gamme il est possible de faire du suivi de charges, autrement dit de baisser
la puissance du réacteur. Lorsque l’énergie non-pilotable s’ajoute dans la production,
elle vient donc uniquement s’ajouter à l’énergie déjà produite en continue. La
solution serait le stockage de l’électricité, permettant de stocker l’énergie
produite en continue pendant que les énergies non-pilotables fonctionnent, et
également de stocker les surplus de ces dernières. De plus, il n’y a pas de
corrélation inverse entre les productions de pays différents au même moment,
c’est-à-dire qu’au niveau européen la problématique reste la même qu’à
l’échelle d’un pays avec soit une sous production soit une surproduction
homogène, et non hétérogène et redistribuable. Pour le dire trivialement, quand
il y du vent et du soleil en Espagne, il y en a aussi en Allemagne, l’exportation
n’est donc pas possible et il est nécessaire pour un parc d’énergies
renouvelables plus important de stocker la surproduction d’électricité.
Mais
l’électricité est difficilement stockable, du fait même de sa nature de flux
physique, des électrons en mouvement. Pour la stocker, il faut la convertir en
une autre forme d’énergie, les deux plus connus étant l’énergie potentielle
mécanique, comme le pompage-turbinage, et l’énergie chimique, comme les
batteries. Cet ajout de convertisseurs nécessaires fait donc grossir la facture
tant au niveau des émissions de CO2 que des coûts fixes initiaux, et rend donc
les énergies renouvelables bien plus chères.
Les énergies
fossiles sont donc extrêmement plus rentables que les énergies renouvelables en
termes de prix du Kilowattheure, plus faciles à transporter et pilotables,
c’est-à-dire utilisable à la demande. Notre société s’est basée sur la
pilotabilité de l’énergie, nous sommes passé des moulins au pétrole pour que
toutes nos machines fonctionnent quand nous en avons besoin.
Une solution
miracle souvent envisagée est l’hydrogène. Il est l’élément le plus abondant et
le plus léger dans l’univers. On ne le trouve cependant presque pas sous sa
forme pure sur Terre, mais il est synthétisable depuis la molécule recouvrant
notre planète à 70% : l’eau. Aujourd’hui, l’hydrogène est synthétisé
depuis le gaz naturel et produit comme déchet du CO2, il n’est donc pour
l’instant pas du tout une énergie verte, mais le procédé de synthétisation à
partir de l’eau, l’électrolyse, mobilise énormément de recherche et
d’investissement, comme au Japon qui à investit 1.5 Mds de dollar entre 2013 et
2017. Un nouveau procédé baptisé rSOC et développé par le Commissariat à
l’Energie Atomique français permettrait une électrolyse réversible et
n’utiliserait comme métal rare que l’Indium. Là encore, l’énergie n’est pas
verte à 100%. Une autre piste est la fusion nucléaire, là aussi à partir de
l’hydrogène, qui offrirait des rendements en énergie bien supérieur à la
fission. Mais que ce soit l’électrolyse ou la fusion nucléaire, les deux
technologies ne sont pas encore au point. Le rSOC ou le projet ITER, le projet
de fusion nucléaire situé dans les Bouches-du-Rhône, captent beaucoup
d’investissement et d’enthousiasme et pourrait bien être des révolutions
énergétiques. Cependant, le développement de ces technologies nécessite une
stabilité de l’environnement politique, social et économique, une chose qui
n’est pas garantie sur le moyen et le long terme. Ces technologies pourraient
émerger avant 2030 ou être encore au stade de développement en 2100, et tant
que ce « miracle technologique » ne se sera pas produit, nos
émissions de CO2 continueront de dégrader l’environnement, portant atteinte aux
conditions stables nécessaires à l’émergence de ces procédés.
Le passage de
l’utilisation des énergies fossiles aux énergies renouvelables est un problème
bien plus complexe que ce qu’il n’y parait. Les énergies fossiles sont
disponibles en grandes quantités, nous n’aurions extrait qu’entre un tiers et
la moitié du pétrole présent dans le sol, et sont surtout ridiculement
abordables à la vue de la puissance qu’elles fournissent. De plus, les énergies
fossiles sont ce qu’on appelle « pilotables », c’est-à-dire que l’on
peut choisir quand les utiliser, et non être obligé de les utiliser quand elles
sont disponibles à l’instar du vent ou de l’énergie solaire. Leur stockage est
également d’une simplicité enfantine (baril de pétrole, bombonne de gaz et
caisse de charbon) alors que les énergies alternatives produisent de
l’électricité que l’on sait encore mal stocker à grande échelle.
b.
La civilisation du pétrole ?
Nous avons
donc vu que les énergies fossiles sont plus rentables et plus faciles à
utiliser que les énergies renouvelables ce qui explique pourquoi nous en sommes
si friand. Une transition énergétique implique la construction d’un parc neuf
d’énergies renouvelables et d’un parc de stockage, qui impliquent une émission
de CO2 et des ressources rares nécessaires à cette construction. D’un autre
côté, les énergies fossiles voient leur taux EROEI chuter et les marges sont
donc mises sous pression. Ce phénomène ne fait pas monter les prix de ces
énergies puisqu’ils en sont décorrélés, suivant au jour le jour une évolution
stochastique mais les rendant également sujet aux emballements de marché. Nous
avons donc une énergie « sale » dont le prix n’augmente pas et une
énergie « propre » qui suppose un investissement initial très
important et donc un prix de l’énergie plus élevé. Voilà une des raisons
majeures pour expliquer pourquoi nous n’avons pas déjà fait notre transition
énergétique, qui parait pourtant inévitable sur le long terme. Les énergies
fossiles ont donc l’air d’être un cadeau divin, et c’est bien cela le problème.
En effet, ces ressources sont si utiles que nous en sommes devenus complétement
dépend. Maintenant que nous comprenons ce blocage structurel, voyons les ordres
de grandeur auxquels ce blocage s’applique et éclaircissons notre dépendance
aux énergies fossiles.
Pour
commencer, voyons comment nous produisons et consommons l’énergie finale et
primaire (22)(23)(24)(25)(26)(27).
La production
énergétique mondiale (PEM) primaire
est de 13 511 Milliards de tonnes d’équivalent pétrole (Mtep) en 2017, en
augmentation de 16.6% par rapport à 2007. La consommation mondiale d’énergie finale (CME) est, elle, légèrement
inférieure à 10 000 Mtep, soit une perte de 3 500 Mtep, environ 26%.
Sur ces 10 000 Mtep, 19% sont de l’électricité et 3% de la chaleur, que
l’on ne trouve pas à l’état naturel et qui provient donc de la transformation
des énergies primaires, ce qui fournit une partie de l’explication des 26% de
perte à causes de la seconde loi de la thermodynamique, en plus de celles liées
au transport et au raffinage.
PEM
2017
(Mtep)
|
Part
Prod.
(%)
|
CME
2016
(Mtep)
|
Part
Conso.
Sans Retraitement
E.&C.
(%)
|
Part
Conso.
Retraité
(%)
|
Variation
Prod.
(2017
/2007)
(%)
|
Variation
Conso.
Non-Retraitée
(2016
/2005)
(%)
|
Part
Emissions
CO2
(2015)
(%)
|
|
Pétrole
|
4387
|
32.5
|
3908
|
41
|
41.7
|
+12.5
|
+13.45
|
34.6
|
Charbon
|
3767
|
27.9
|
1036
|
11
|
19.3
|
+15.5
|
+25.5
|
44.9
|
Gaz Naturel
|
3165
|
23.4
|
1440
|
15
|
20.7
|
+25
|
+20.8
|
19.9
|
Hydraulique
|
919
|
6.8
|
X
|
X
|
3.1
|
+32
|
X
|
0.6
|
Nucléaire
|
596
|
4.4
|
X
|
X
|
2
|
-4
|
X
|
|
Eolien
|
254
|
1.9
|
1095
|
11.5
|
13
|
+558
|
+14.54
|
|
Solaire
|
100
|
0.7
|
+5600
|
|||||
Géothermie
|
133
|
1.0
|
+99
|
|||||
Biocarburant
|
84
|
0.6
|
+125
|
|||||
Electricité
|
X
|
X
|
1794
|
19
|
X
|
X
|
+37.89
|
X
|
Chaleur
|
X
|
X
|
283
|
3
|
X
|
X
|
+9.09
|
X
|
Total
|
13511
|
100
|
9555
|
100
|
100
|
+16.6
|
+19.44
|
100
|
Source : Agence Internationale de l’Energie.
Consommation d’énergie par personne dans le monde, source :
Jean-Marc Jancovici
Les énergies
fossiles représentent donc 83.8% de la PME et 81.7% de la CEM retraitée de
l’électricité et de la chaleur. Intéressons-nous plus en détail aux différentes
énergies primaires et à leurs utilisations (10)(20)(22)(23)(24)(25)(26)(27).
Le charbon est
majoritairement utilisé pour produire de l’électricité et de la chaleur
(62.1%), viennent ensuite l’industrie (22.2%) et la cokéfaction pour la
sidérurgie (8%), et pour finir les usages résidentiels, c’est-à-dire le
chauffage en grande partie, (1.9%), la carbochimie (1.5%) et le reste. Le
pétrole sert lui en grande partie aux transports, environ 65% en 2016, le reste
servant à la fabrication du plastique, du bitume, des engrais et des
pesticides, et pour finir de l’électricité. Le gaz naturel est, comme le
charbon majoritairement utilisé pour créer de l’électricité et de la chaleur
(41%), viennent ensuite l’industrie (17.7%), l’usage résidentielle (14.2%),
l’industrie énergétique (9.8%), le tertiaire (6.2%), la chimie et l’agrochimie
(5.6%) et enfin les transports (3.4%).
L’hydraulique,
le nucléaire, l’éolien, le solaire photovoltaïque et l’ensemble géothermie,
biomasse, etc., sont dédiés à la production d’électricité et de chaleur. En
2015, l’électricité est produite à 39.3% par le charbon, 22.9% par le gaz
naturel, 16% par l’hydraulique, 10.6% par le nucléaire, 4.1% par le pétrole, et
les 7.1% restant par les diverses énergies renouvelables. 40% de l’électricité
mondiale sert dans le secteur de l’industrie, 30% dans l’usage résidentiel, 20%
dans le secteur commercial et les 10% restant dans les transports et des
utilisations non définies. L’électricité n’est donc pour l’instant pas une
énergie propre, ce qui veut dire que transformer le parc de transport fonctionnant
au pétrole en un parc fonctionnant à l’électricité ne fait que déplacer le
problème, le surplus de demande en électricité devant être assumé par une
augmentation de la production des usines à charbon et à gaz. La transition doit
venir en amont, augmenter la capacité de production des énergies renouvelables
afin de pouvoir proposer une électricité propre.
Voyons
maintenant le détail de l’utilisation des énergies finales, non retraités de
l’électricité et de la chaleur, dans les divers secteurs de l’économie
mondiale.
L’industrie
consommait en 2015 29% de l’énergie finale mondiale, 79% du charbon comme
énergie finale qui est sa seconde source d’approvisionnement avec 30% ; 8%
du pétrole comme énergie finale qui la quatrième source d’approvisionnement
avec 11% ; 38% du gaz naturel comme énergie finale qui est sa troisième
source d’approvisionnement avec 19.5% ; 18% de la chaleur qui est sa
dernière source d’approvisionnement avec 7%, et 42% de l’électricité qui est sa
première source d’approvisionnement avec 31.5%. Hormis la production
d’électricité et de chaleur, le charbon est dépendant du secteur industriel
pour sa demande. Le secteur, même si l’on parle de quelque chose de très large,
a diversifié son approvisionnement en énergie et n’est donc pas vraiment
dépendant d’une énergie en particulier.
Les transports
consommaient en 2015 29% de l’énergie finale mondiale, 65% du pétrole comme
énergie finale qui est sa source
d’approvisionnement majoritaire avec 92%, suivi de 7.2% de la chaleur qui est
sa troisième source d’approvisionnement avec 2.8%, puis du gaz naturel comme
énergie finale avec 7% d’accaparement et qui représente sa deuxième source
d’approvisionnement avec 3.6%, et enfin 1.75% de l’électricité, avant dernière
source d’approvisionnement après le charbon comme énergie finale, présent en
quantité si minime que nous le négligerons ici, avec 1.3%. L’interdépendance
entre le pétrole et le secteur des transports est un point non négligeable.
Cela signifie qu’un ralentissement des échanges commerciaux ou du tourisme peut
impacter fortement la demande de pétrole et que, à l’inverse, une hausse du
prix du pétrole peut provoquer une impossibilité de mouvement pour les usagers,
du quotidien ou du tourisme, et pour le commerce international.
Les secteurs
non-énergétique comme la pétrochimie ou la transformation consommaient 9% de
l’énergie finale mondiale, 16% du pétrole comme énergie finale dont ils
dépendent à 73.5% et qui est leur première source d’approvisionnement, puis
11.5% du gaz naturel comme énergie finale qui est leur deuxième source
d’approvisionnement avec 19% et enfin 6% du charbon comme énergie finale qui
représentait 7% de la consommation de ces secteurs. La pétrochimie regroupe la
fabrication du plastique et des engrais issus du pétrole nécessaire à
l’agriculture industrielle. Une hausse du prix du pétrole peut donc mettre à
mal ce secteur qui en est complètement dépendant, et par la même le secteur
agricole et la vente de marchandises, dont un grand nombre sont fait de
plastique.
Les secteurs divers
regroupant le résidentiel, le commercial, les services publics,
l’agroforesterie et la pêche représentaient 33% de la consommation mondiale
d’énergie finale, 74.5% de la chaleur qui est leur seconde source d’approvisionnement
avec 25%, suivie de l’électricité dont ils accaparaient 56.5% de la quantité
totale et qui est leur première source d’approvisionnement avec 37% ; 44%
du gaz naturel comme énergie finale, troisième source d’approvisionnement avec
19.5% ; 15% du charbon comme énergie finale, dernière source
d’approvisionnement avec 5% et enfin 11% de pétrole comme énergie finale, avant
dernière source d’approvisionnement avec 13.6%. Réussir à chauffer, ou
climatiser en fonction de l’endroit, un lieu de vie nécessite des énergies
fossiles et la transition énergétique passe en grande partie par l’isolation
des bâtiments dans les pays plus froids, et par l’amélioration de la
circulation de l’air dans les bâtiments dans les pays chauds.
Notre société
est donc bel et bien dépendante de ces énergies, une conséquence logique de
leurs incroyables propriétés. En suivant ce raisonnement, l’existence
d’énergies très denses et rentables doit faire en sorte que notre économie
choisisse comme facteur de production principal les machines consommant ces
ressources plutôt que les hommes, consommant de l’eau et des aliments et ne
travaillant pas 24h/24, même en considérant l’esclavage.
On peut dire
que c’est bien le cas de façon empirique, en observant notre monde on constate
que chaque travailleur est en faite au contrôle d’une machine qui va
démultiplier sa productivité. Mais il est également possible d’en avoir une
preuve formelle, en regardant la corrélation entre le PIB mondiale et la
consommation d’énergie. En effet, consommer plus d’énergie dans notre hypothèse
signifie alimenter plus de machines et donc produire plus. Sans surprise, la
corrélation est frappante.
Source : Jean-Marc Jancovici.
PIB mondial en milliards de
dollars constants de 2017 en fonction de la consommation d’énergie mondiale en Mtep
pour les années 1965 à 2017. Source : Jean-Marc Jancovici.
Le pari de la
transition énergétique est donc que ces moins de 20% d’énergies « propres »
produisent les 100% de l’énergie mondiale. Lorsque l’on ajoute à cela le fait qu’elles
doivent y arriver en étant plus chères, nécessitant un investissement initiale
important et en étant non pilotables, ou pilotables mais encore plus chères et
avec un investissement initial encore plus important. De plus, elles doivent
prendre cette importance pendant que les miraculeuses énergies fossiles sont
encore présentes en quantités relativement importantes et à un prix
ridiculement bas évoluant de façon stochastique, autant dire que le bon sens
joue contre elles.
Partant de ce
constat, une transition énergétique totale, c’est-à-dire sans baisser la
consommation d’énergie finale, semble invraisemblable. Le plus simple serait
donc de réduire notre consommation, du moins en théorie. Si la consommation
énergétique est parfaitement corrélée au PIB, réduire la consommation signifie réduire
le PIB. Ce constat est lourd de sens car il exclue quasi-totalement la
possibilité d’un développement durable, ce dernier étant le maintien de la
croissance du PIB avec un système énergétique durable ou décarboné. Point
encore plus inquiétant, la transition d’un PIB mondial en croissance à un PIB
mondiale en décroissance n’est pas concevable dans un modèle capitaliste
puisqu’il se base sur la rentabilité du capital. Le capital investit doit
croitre pour rapporter des intérêts à l’investisseur, sans quoi il n’a aucune
raison d’investir, autrement dit de prendre un risque. La crise économique
mondiale de 2008 a vu une décrue du PIB mondial de seulement 5% et a failli
entrainer la chute du système bancaire international par effet de contagion.
Qu’en serait-il alors pour un PIB mondial devant chuter de 15, 30, 60%, sachant
que ce pourcentage dépendrait de la part que les énergies renouvelables auront
réussi à prendre dans la consommation d’énergie finale. Le GIEC propose dans
son rapport aux décideurs de 2018 une baisse des émissions de 6% par an
jusqu’en 2050 à compter d’aujourd’hui. Cela veut dire que le PIB mondial doit
décroitre des aujourd’hui d’une valeur proche de 5% (car les 6% s’appliquent
aux 80% d’énergies fossiles) par an de façon certaine, car le parc d’énergie
renouvelable n’est pas encore prêt, et que plus nous attendons, plus le
pourcentage annuel de décroissance nécessaire sera important.
PIB mondial (en Mds $ courant 2017). Source : World Bank.
A la suite de ces éléments, nous
pouvons dire que :
- notre
société est dépendante des énergies
fossiles ;
- ces énergies
sont plus rentables que les énergies
renouvelables ;
- que les
énergies « renouvelables » ne le sont pas complètement ;
- que, du fait
de la rentabilité des énergies fossiles faisant des machines la meilleure
source de productivité, la consommation d’énergie et le PIB sont corrélés ;
- que la
transition énergétique implique le remplacement des énergies fossiles par des
énergies renouvelables alors que ces dernières ne représentent que 20% de
l’énergie finale consommée ;
- qu’étant
donné la meilleure rentabilité des énergies fossiles, cette transition n’est
pas un choix rationnel et n’aura
donc pas lieu d’elle-même en laissant faire les mécanismes de marché et
nécessitera un investissement public ;
- que la seule
alternative durable à la transition énergétique est la réduction de la consommation d’énergie d’au minimum 6% par an ;
- que la
réduction de la consommation d’énergie n’est pas compatible avec la croissance du PIB et le capitalisme en
général ;
- que puisque
la réduction de la consommation d’énergie n’est pas compatible avec la
croissance du PIB, le développement
durable n’est pas concevable aujourd'hui.
Nous pouvons
donc conclure que la transition énergétique peut se faire mais qu’elle doit
être mise en place par un mécanisme autre que le marché puisqu’elle n’est pas
un choix rationnel. Sans intervention extérieure au marché pour mettre en place
la transition énergétique, la seule issue est la décroissance énergétique et
donc la décroissance économique. Cette dernière n’étant pas concevable dans une
économie capitaliste, le système économique pourrait bien s’effondrer sur lui-même.
Sources :
(20)
BP (2018), Statistical
Review of World Energy.
(21)
Keynes,
(1936). Théorie générale de l'emploi, de
l'intérêt et de la monnaie, Cambridge University Press.
(22)
connaissancedesenergies.org
(23)
International Energy Agency ; iae.org
(24)
International Energy Agency (2018). Key World Energy Statistics 2017.
(25)
Planetoscope.com
(26)
Data.oecd.org
(27)
Data.worldbank.org






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