Combien d'écolos faut-il pour changer une planète ? - Part.3/11 - Réchauffement climatique : définition, causes et conséquences
Réchauffement climatique : définition, causes et conséquences
a.
Définition et causes du réchauffement climatique
Le
réchauffement climatique désigne l’élévation des températures des océans et de
l’air induite par la quantité de chaleur « piégée », émise par le
Soleil, à la surface de la Terre. Il ne faut pas confondre le réchauffement et
le changement climatique, ce dernier étant un phénomène naturel de variation,
positive ou négative, de long terme du climat terrestre provoqué par la Terre
elle-même ou par une influence extérieure, typiquement les variations de
l’activité solaire. Le réchauffement climatique peut donc être défini comme un
changement climatique anthropique, c’est-à-dire dû à l’action de l’Homme.
Le
climato-scepticisme, le courant de pensée niant la réalité du réchauffement
climatique, est né plus ou moins en même temps que ce dernier. Il a pour
arguments principaux le changement climatique naturel, que nous venons de voir,
notamment dû au fait que des variations de l’activité solaire ont été observées
durant le XX° siècle, ainsi que les épisodes de refroidissement qui ont eu lieu
entre 1940 et 1970.
Source : NASA’s Goddard Institute for Space Studies, 2018.
Cependant,
ces arguments sont invalidés par la communauté scientifique, même si cette
dernière reste prudente et déclare que les phénomènes sont encore mal compris.
Les variations de l’activité solaire sont réelles mais leur impact dans le
réchauffement climatique serait compris entre 3.75 et 18.75% selon le GIEC (7),
et avec un forçage radiatif (la capacité à réchauffer l’atmosphère)
relativement faible comme nous pouvons le voir sur le graphique suivant. De
même, pour comprendre pourquoi la tendance est baissière entre 1940 et 1970, il
faut s’intéresser aux causes du réchauffement climatique.
Dans
son quatrième rapport publié en 2007, le GIEC établi que le réchauffement
climatique est majoritairement imputable à l’activité humaine avec une
certitude de 90% (7). Cette affirmation
fait suite au rapport de 2001, le troisième du GIEC, qui tenait pour
responsable principale du réchauffement climatique l’augmentation de la
concentration dans l’atmosphère des gaz à effet de serre, aussi appelé
« forçage anthropique » car ces gaz sont émis par l’activité humaine
(8). L’effet de serre étant le fait que le rayonnement solaire devant être
réfléchi par la Terre est en partie absorbé par des gaz contenu dans
l’atmosphère ce qui cause une élévation de sa température.
Source : GIEC, AR4 ,2007.
Premier
de ces gaz, à la surprise générale, se place la vapeur d’eau. Et oui, la vapeur
d’eau est le gaz à effet de serre le plus présent puisqu’il représente 3% du
volume de l’atmosphère. Cependant, sa concentration n’a pas évolué entre l’ère
préindustrielle et aujourd’hui, et sa durée de vie est d’environ 1 à 2 semaines
(7). Il ne peut donc pas être impliqué dans l’élévation anormale des
températures actuelles, même si le réchauffement climatique pourrait augmenter
cette concentration en augmentant la température et donc l’évaporation des
océans ce qui pourrait conduire à une rétroaction positive sur les températures
globales (9), point que nous aborderons plus en détails dans la prochaine
partie concernant les conséquences du réchauffement climatique.
Second en
concentration et cause majeure du réchauffement climatique, le dioxyde de
carbone, CO2. Ce gaz est celui que nous rejetons le plus et possède une durée
de vie d’environ une centaine d’année (7). Cette grande quantité d’émission
vient du fait que le dioxyde de carbone est un déchet de la combustion
d’énergies fossiles (Pétrole, charbon et gaz) mais aussi de la dégradation des
organismes vivants, car carbonés. Le graphique suivant montre que la quantité
des émissions du seul CO2 a augmenté massivement à partir de la fin des années
1940 dû à la combustion d’énergies fossiles et avant cela à la déforestation,
consistant à brûler ou abattre et laisser se dégrader des arbres, cette
opération émettant du CO2 (7). La comptabilisation du CO2 de la déforestation
étant regroupé sous l’appellation UCTF en français, désignant plus précisément
l’utilisation et le changement d’utilisation des terres, elle peut donc être
positive, la déforestation, ou négative, en absorbant du CO2 comme dans le cas
de la reforestation ou de certaines formes d’agriculture dites
« biologiques » (10).
Source : Jean-Marc Jancovici.
Nous trouvons
ensuite le méthane, CH4, 200 fois moins concentré dans l’atmosphère et n’ayant
une durée de vie que de 12 ans, mais malheureusement ayant un potentiel
réchauffant entre 21 et 34 fois supérieur au CO2 (7). Il est majoritairement
issu de la digestion des ruminants, des rizières, des décharges publiques et
des feux de forêts. Il est également présent à l’état naturel dans les sols
sous forme de gaz naturel, sa combustion rejetant d’ailleurs du CO2, et sur le
plancher océanique, de nombreux évènements relatant la libération soudaine de
méthane enfoui au fond d’un lac après un tremblement de terre ou une éruption
volcanique. Un point inquiétant pour les scientifiques est qu’une grande
quantité de méthane serait contenu dans le pergélisol sibérien et pourrait être
libéré à la suite du dégel de ce dernier, processus ayant déjà commencer, ce
qui pourrait entrainer une rétroaction positive (11).
Vient alors le
protoxyde d’azote, N2O, 5 fois moins concentré que le méthane dans l’atmosphère
mais ayant une durée de vie de plus de 100 ans et un potentiel réchauffant près
de 300 fois supérieur au CO2 (7). Il provient majoritairement de l’agriculture
industrialisée, c’est-à-dire des engrais azotés et du lisier épandue sur les
cultures, mais aussi des véhicules à pot catalytique et de certains procédés
industriels. En plus d’être un puissant gaz à effet de serre, il est aussi
responsable de la destruction de la couche d’ozone (12). La couche d’ozone
étant une couche de trioxygène (ozone) situé dans la haute stratosphère et
ayant la particularité de réfléchir les rayons UV provenant du Soleil, n’en
laissant passer que 50%. La diminution de l’épaisseur de la couche d’ozone,
même si cette diminution est inégalement répartie, a pour effet de laisser
passer plus de rayon UV et donc de contribuer au réchauffement climatique
(13)(14).
Toujours dans
les gaz qui augmentent l’effet de serre et ont un impact sur la couche d’ozone,
nous retrouvons les hydrocarbures halogénés comme le HCFC, le CFC, le HFC, le
CF4 et le SF6. Ils sont entre mille et cent mille fois moins concentrés dans
l’atmosphère que le protoxyde d’azote, ont une durée de vie allant de 10 ans
pour certains à 50 mille ans pour d’autres, et ont un potentiel réchauffant
entre 2.000 et 22.000 fois supérieur au CO2 (7). Ces gaz sont aussi hautement
toxiques pour les êtres vivants et le Protocole de Montréal signé en 1987 proposait
une diminution de 50% des émissions de CFC en une décennie. En 2007, 190 pays
(puis 196 en 2009) décident l’arrêt totale de la production de CFC pour 2010 et
de HCFC d’ici 2020 pour les pays industrialisés et 2030 pour les pays en voie
de développement. En 2014, un rapport de l’Union Météorologique Mondiale et du
PNUE constate une stabilisation voire même une résorption du trou de la couche
d’ozone (15) dans certaines zones dû à la fois à la diminution de leur
émission, mais aussi, ironiquement, du fait du réchauffement climatique qui
provoque un refroidissement de la stratosphère, ralentissant les réactions
chimiques détruisant la couche d’ozone (14).
Enfin, abordons
le sujet des aérosols, responsables du refroidissement ponctuel entre 1940 et
1970. En effet, les aérosols sont des particules fines principalement soufrées,
comme de la poussière ou des goulettes, résultants de la combustion d’énergies
fossiles, de bois, l’extraction minière, le trafic routier et certains procédés
chimiques et physiques. Les aérosols peuvent réfléchir ou absorber la lumière
en fonction de leur couleur, mais vont surtout faciliter la condensation et
donc la création de nuages, qui sont à double tranchant puisqu’ils augmentent
l’effet de serre, comme vu précédemment, mais vont également réfléchir les
rayons du soleil, ce qui a un effet refroidissant (14). En observant les
émissions de soufre sur le XX° siècle, on constate que l’envolée des émissions
de soufre correspond à la période de refroidissement constatée, avec une descente
plus brutale à partir de 1990, soit à la même période que la signature du
Protocole de Montréal visant les hydrocarbures halogénés, proches des aérosols
sulfurés. La date de début de la diminution des émissions de souffre correspond
également à celle de l’augmentation de la température globale, preuve
supplémentaire d’une corrélation car les émissions de CO2 n’ont pas eu une
croissance plus importante après 1970 qu’entre 1940 et 1970.
Source : Pacific Northwest National Laboratory, Historical Sulfur
Dioxide Emissions 1850-2000, 2004.
Autre que les
gaz, une cause vient s’ajouter à l’équation du réchauffement climatique, et il
s’agit de l’albédo. L’albédo est la capacité réfléchissante d’une surface et ce
phénomène est à double tranchant car il dépend de la localisation et de
l’intensité de l’effet de serre. L’albédo est augmenté par la déforestation et
la désertification (l’avancé des déserts) et diminué par la fonte des
banquises, glaciers et neiges. Diminuer l’albédo signifie absorber plus
d’énergie, de chaleur, ce qui n’est pas forcement une bonne idée sauf si l’on
possède un moyen de convertir cette énergie, comme des forêts. A l’inverse,
augmenté l’albédo signifie réfléchir plus d’énergie, ce qui est une bonne chose
sauf lorsque l’on a déjà un important effet de serre, dans lequel cas la
chaleur sera juste renvoyée dans l’atmosphère et bloqué par les gaz, augmentant
le réchauffement climatique. Or, c’est aujourd’hui la conjonction des deux
mauvaises conditions que nous avons puisque nous détruisons nos forêts, qui
pourraient absorber cette énergie, afin de faire des champs cultivables
réfléchissant plus la lumière, que les déserts s’étendent de plus en plus, et
que la banquise fond, alors que, faute de pouvoir planter des arbres aux pôles,
réfléchir la lumière serait bien utile (16).
b.
Guerre, Maladie, Famine : les conséquences probables
Maintenant que
nous avons vu les causes du réchauffement climatique, intéressons-nous à ses
conséquences probables. Et oui, on ne peut dire que probables puisque le réchauffement
climatique, ou de façon plus général le climat, est un système chaotique avec
des évolutions non-linéaires. Bien que la situation actuelle ait été correctement
analysée, nous avons les bonnes conditions initiales, les conséquences peuvent
être très variables, du fait de la non-linéarité du système.
Nous nous
pencherons ici sur les conséquences environnementales et humaines, c’est-à-dire
les conséquences directes de premier plan et les conséquences indirectes
dépendantes des réactions des populations et gouvernements.
Toutes les
informations proviennent des sources suivantes : (7)(8)(16)(17)(18), que
nous ne préciserons pas à chaque fois par soucis de lisibilité. Toute autre
source intervenante sera, elle, notifiée.
Pour commencer
simplement, le réchauffement climatique va faire fondre beaucoup de structures
sur la planète. Tout d’abord, les banquises et inlandsis, les premières composées
d’eau salée et se formant sur l’eau et les seconds composés d’eau douce et se
formant sur les terres. La banquise Arctique a vu sa surface diminuer de 8% par
décennie depuis 1980, avec une accélération depuis 2010 et des pics annuels à
25% de surface en moins comparé à la moyenne 1980-2010 comme en 2016 et 2017.
L’inlandsis Arctique, comprenant les inlandsis de l’Alaska, du Canada, du
Groënland et de la Sibérie, fond chaque année autant ou plus que la moyenne de
1980 à 2010. L’épaisseur des banquises et inlandsis arctiques décline également
mais le meilleur instrument de mesure, le satellite CryoSat-2, n’étant en fonctionnement
que depuis 2010, les données restent encore peut exploitables et ne pouvant
faire l’objet de conjonctures autres que le fait que les banquises et inlandsis
fondent. De l’autre côté du globe, l’Antarctique est un inlandsis, entouré
d’une surface équivalente de banquise qui fond durant l’été avant de se
reformer l’hiver. L’Antarctique est moins touché par le réchauffement que
l’Arctique puisqu’il est moins exposé au rayonnement solaire, avec une
augmentation de sa température de 0.5°C depuis 50 ans contre 2.6°C pour
l’Arctique, ce qui ne l’empêche pas d’être également engagé dans un processus
de réchauffement et donc de fonte de l’inlandsis.
L’Antarctique
est moins exposé au Soleil et voit également passer moins de transfert de
masses d’air que l’Arctique, autre raison de son réchauffement moins rapide. La
circulation de l’air en Arctique est également modifiée et provoque les hivers
plus rudes observés en Europe et en Amérique du Nord. Autre particularité de
l’Arctique, les terres les plus au Nord sont gelées en permanence, ce qu’on
appelle le pergélisol. Or, ce pergélisol a également commencé à dégeler. Ce
phénomène est à double tranchant puisque ce sol gelé contient d’importantes
quantités de méthane qui seront rejetées dans l’atmosphère, aggravant le
réchauffement climatique, dû à la décomposition, parfois imparfaite, de matière
organique, ce qui pourrait également conduire à la réapparition de maladies
oubliés, pas forcément très ancienne, comme la variole. Entre un tiers et la
moitié du pergélisol de l’Alaska est à 1°C du dégel et celui de la Sibérie a
entamé le sien. D’un autre côté, les régions plus au Nord devraient devenir
plus habitables et cultivables que les régions près de l’équateur sur le long
terme en cas de réchauffement climatique, point que nous développerons plus
loin, et l’on observerait alors une migration des populations humaines vers le
Nord.
Enfin, les
glaciers sont également en train de fondre partout sur Terre, des Andes à
l’Himalaya en passant par les Alpes. La fonte des glaciers provoque des crus
des fleuves et donc des inondations puisque le sol ne peut pas absorber une telle
quantité d’eau. Ces inondations vont être un énorme problème pour l’Homme de
façon direct puisqu’elles causent directement des morts et des dégâts matériels
importants mais aussi parce que cette eau est de l’eau potable et que les crus
rendent impossible son utilisation, car saturant les canaux, et charriant
beaucoup de déchets. Si les glaciers se reforment moins l’hiver cela signifie
également moins d’eau douce en quantité l’été lors de leur fonte, et une fonte
trop brutale pour être exploitée ou même canalisée. De plus, les inondations
vont ravager les cultures ce qui va provoquer des difficultés
d’approvisionnement en nourriture. Certaines régions comme l’Asie du Sud-Est,
de l’Est ou le Sahel seront dans ce qu’on appelle un « Stress
Hydrique », c’est-à-dire n’étant plus autosuffisant en eau.
Également, la
fonte des inlandsis et des banquises représente un grave danger à cause de la
montée du niveau des océans, sans oublier que les inlandsis sont les plus
grandes réserves d’eau douce au monde et que cette eau sera déversée dans l’eau
de mer salée, la rendant non potable et déstabilisant le PH des océans, mettant
la vie marine en danger. De plus, la pollution agie directement sur les océans
en les acidifiant. Le pire des scénarios serait la fonte totale des inlandsis,
banquises et glaciers qui feraient monter le niveau des océans de plusieurs
dizaines de mètres, submergeant des îles et les littoraux du monde entier. De
plus, les pôles libérés du poids de la glace s’élèveraient, comme si l’on
enlevait une pierre posée sur un ballon, provoquant séismes, éruptions
volcaniques, alourdissement des océans, modification de la forme du globe tout
entier. Point inquiétant, l’activité sismique et volcanique est en hausse
partout sur Terre et plus intense en se rapprochant des pôles, surtout le pôle
Nord comme en Islande où l’activité volcanique est devenue 30 fois plus intense
que la normale. Les courants marins se verraient également touchés, l’eau de
surface étant réchauffée, elle ne pourrait plus plonger plus en profondeur avec
les courants ce qui amplifierait le réchauffement en ralentissant les
transferts et donc l’homogénéisation de l’absorption de l’énergie.
Le cycle de
l’eau finirait d’être mis à mal avec l’évaporation plus intense des océans et
donc des pluies plus fréquentes et plus abondantes en hiver, une sorte
d’expansion du phénomène de mousson à d’autres régions du globe et une
intensification dans les zones où il est déjà présent, couplée à des épisodes
climatiques violents (cyclones, tempêtes, ouragans, etc…) plus fréquents et
plus violents.
Tout comme les
populations humaines, la faune et la flore seront grandement impactées. La
pollution, l’urbanisation et la déforestation ont déjà mis à mal les
écosystèmes soit en les détruisant soit en les « empoissonnant ». Les
populations d’insectes, de rongeurs et d’oiseaux qui ne se sont pas adaptées à
l’urbanisation, comme les rats et les pigeons, sont en chute libre et des cris
d’alarmes sont régulièrement poussés par la communauté scientifique. Le cas des
abeilles est particulièrement inquiétant aux vues de leur rôle dans la
pollinisation. L’agriculture mécanisée utilisant des pesticides a entamé la
fertilité des sols et les rendements de blé et de maïs semblent déjà être
arrivés à un plateau. L’augmentation des rendements des sols passera donc soit
par l’artificialisation accrues, comme les OGM ou les engrais chimiques, soit
par la reconstruction des sols par une agriculture biologique, nécessitant une
phase de transition, de « nettoyage ». Les aires de répartitions de
la faune et de la flore sont et vont être amenées à changer, se déplaçant vers
les pôles et vers les altitudes plus basses ou plus hautes en fonctions des
espèces. La rapidité de l’évolution du climat va déterminer la capacité des espèces
à s’adapter, les scénarios étant néanmoins très pessimistes puisque le
réchauffement semble s’accélérer et les écosystèmes se détériorent trop vite
pour une adaptation, ce qui semble nous diriger, selon le GIEC, vers une
extinction de 40 à 70% espèces à partir de 3.5°C de réchauffement moyen. Le
réchauffement aura également comme conséquence d’augmenter le nombre de feux de
forêt, provoquant un relâchement encore plus important de gaz à effet de serre
dans l’atmosphère. La vie marine semble plus impactée encore, par
l’acidification et les autres phénomènes mentionnés précédemment, mais aussi
par la surpêche, la parité entre pêche et pisciculture n’ayant été atteinte
qu’en 2009 et la consommation mondiale ne cessant de croitre. De plus, les
récifs coraliens sont en grand danger et l’on estime que 60% auront disparu
d’ici 2030.
Enfin, le
problème avec le réchauffement climatique est sa capacité à s’emballé de façon
incontrôlable et irréversible. L’Académie Nationale des Sciences américaine a
publié un article détaillant les boucles de rétroactions climatiques qui
peuvent s’enclencher en fonction du niveau de réchauffement (19). On
comptabilise 15 boucles dont 5 sont pratiquement déjà enclenchées puisque nous
allons dépasser la barre des 1°C d’ici quelques années. Comme nous l’avons vu
avec la systémique, un système interconnecté a tendance à résister aux
changements jusqu’à un point de bascule, l’effet de seuil et le fameux
« Overshoot ». Les systèmes ont également tendance à tendre vers des
états stables et donc à passer de l’un à l’autre rapidement.
Cette étude
montre que c’est ce qui pourrait se passer avec le climat, avec pour inconnu la
température finale, et donc le climat, qui définirait l’état stable que les
chercheurs ont baptisé « HotHouse Earth ».
Pour résumer,
dans un scénario sans aucune action faite pour lutter contre le changement
climatique, nous observerons à court terme, d’ici à 2050, la mise en marche des
boucles de rétroactions avec une augmentation des écarts climatiques entre les
saisons, des phénomènes climatiques violents et des feux de forêt ainsi qu’une
modification des dates de récoltes, des quantités de récoltes, certaines années
pouvant être exceptionnelles et d’autres désastreuses. Nous verrions également
une chute de la biodiversité terrestre et surtout marine, mais également le
début de la montée des eaux dû à la fonte des banquises, inlandsis et glaciers.
Tous ces phénomènes sont déjà observés.
A moyen terme,
entre 2050 et 2100, nous verrions une augmentation de tous les phénomènes déjà
cité sauf les écarts de températures qui laisseraient place à une augmentation
générale des températures tout au long de l’année. Les régions situées près de
l’équateur verraient arriver des sécheresses rendant l’agriculture et l’approvisionnement
en eau dans ces zones très difficiles. De grands mouvements de populations vers
les pôles apparaitraient partout sur le globe, augmentant la concentration et donc
la compétition pour les ressources dans les zones habitables. La barre des 3°C
pourrait être franchie en 2100 et des nouvelles boucles de rétroactions se
mettraient en route.
A long terme,
après 2100, la déstabilisation de la société humaine serait telle que nous ne
rejetterions probablement plus de gaz à effet de serre mais le réchauffement
continuerait d’accélérer, faisant entrer la Terre dans une nouvelle ère
géochimique dont nous ne pouvons prévoir les caractéristiques. Un grand nombre
d’espèces auront probablement disparu ou vu leurs populations s’effondrer et la
population humaine ne fera probablement pas exception, confrontée aux trois
grandes causes de mortalité : la guerre, les maladies et la famine.
L’humanité va
donc voir son environnement grandement changer à court, moyen et long terme
avec ou sans politique de lutte contre le réchauffement climatique. Ce
changement de l’environnement va avoir des conséquences sur nos modes de vie.
La raréfaction de la nourriture, qu’elle vienne de la mer ou des sols, et de
l’eau potable combinée à des évènements climatiques plus violents et plus
fréquents va mettre tous les état-nations en tension. Le président d’AXA
déclarait le 22 Mai 2015 : « Nous n'avons pas le choix : un
monde à +2°C pourrait encore être assurable, un monde à +4°C ne le serait
certainement plus. ». Et oui, le changement climatique est d’abord un
basculement forcé dans l’incertitude constante.
Dans un climat
pareil, le plus à craindre est l’augmentation des conflits entre les
populations et entre les états pour la répartition, la gestion et
l’appropriation des ressources. La sphère privée cesserait tout bonnement
d’exister et beaucoup de gouvernements pourraient s’effondrer devant
l’incapacité à maintenir la cohésion sociale et l’approvisionnement en
ressources. Dans de tels cas, les services publics et privées comme la gestion
de l’eau, des déchets, de la monnaie, la distribution alimentaire, les hôpitaux
ou la police ne seraient plus assurés. L’épisode de sécheresse survenue en
Syrie entre 2006 et 2011, imputée au réchauffement climatique, a forcément joué
un rôle dans le soulèvement de la population contre le régime de Bachar
el-Assad. John Kerry dans un discours prononcé au Sénat américain en 2012
évoquait la situation préoccupante en Inde, combinant sols dégradés, fonte des
neiges de l’Himalaya et rapports conflictuels avec le Pakistan, en faisant une
zone particulièrement sensible.
La lutte contre le réchauffement climatique elle aussi
implique une grande déstabilisation puisqu’elle nécessite de réduire notre
consommation générale et de mettre fin à l’exploitation des énergies fossiles,
énergies abondantes et peu coûteuses. Afin de lutter contre le changement
climatique, les recommandations de la communauté scientifique sont relativement
simples. Il faut arriver à atteindre le niveau zéro d’émissions de CO2 pour
2050 et reconstruire des « puits de carbone », des systèmes absorbant
du carbone comme les forêts par exemple. Source :
(7) Quatrième
rapport, GIEC, 2007.
(8) Troisième
rapport, GIEC, 2001.
(9) Marvel,
(2018). Les nuages, amplificateurs du
réchauffement, Pour La Science, n° 484.
(10) Jancovici.com
(11) Smith,
MacDonald, Velichko et al., (2004). Siberian
Peatlands a Net Carbon Sink and Global Methane Source Since the Early Holocene,
Science, vol. 303.
(12) Crutzen,
(1970), The influence of nitrogen oxides
on the atmospheric ozone content, Quarterly Journal of the Royal
Meteorological Society.
(14) Seok-Woo
Son, (2009). Ozone hole and Southern
Hemisphere climate change, Geophysical Research Letters.
(15) « La
couche d’ozone en bonne voie de guérison », Le Monde, 10 Septembre
2014.
(16) Blunden,
Arndt & Hartfield, (2018). State of
the Climate in 2017, Bull. Amer. Meteor. Soc.
(17) Cinquième
Rapport, GIEC, 2014.
(18) Résumé à
l’attention des décideurs, GIEC, 2018.
(19)Barnosky et al. (2018). Trajectories of the Earth System in the Anthropocene, National
Academy of Sciences.






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