Combien d'écolos faut-il pour changer une planète ? - Part.1/11 - Introduction
Combien d'écolos faut-il pour changer une planète ? - Part.1/11 - Introduction
Le
réchauffement climatique devient chaque jour qui passe un sujet un peu plus préoccupant.
Et oui, nous parlons bien de réchauffement climatique, et non de dérèglement ou
de refroidissement climatique comme les climatosceptiques aiment à l’appeler.
Ces dernières années ont vu se développer un discours beaucoup plus dur et cru
sur le réchauffement climatique, ses conséquences et les moyens mis en œuvre
pour l’endiguer. Ce discours est porté par des scientifiques et des
intellectuels effectuant ou s’appuyant sur des méta-analyses et une approche
mêlant transversalité, systémique et complexité. On y recense de la biologie,
de l’économie, de la psychologie, de la climatologie et bien d’autres, afin de
comprendre ce qu’est le changement climatique, ce que seront ses conséquences,
mais surtout pourquoi ce sujet est aujourd’hui complètement banalisé mais
qu’aucune action concrète n’est prise afin de le stopper. Le terme souvent
employé afin de définir leur recherche est « science de
l’effondrement », mais nous délaisserons ici ce terme tape à l’œil pour
parler de « science des systèmes ».
Car oui, il
s’agit de ça, étudier des systèmes, et surtout le système des systèmes, la
Terre. Cette science est véritablement née dans les années 1950, notamment avec
les travaux de Ludwig Von Bertalanffy, même si des évocations scientifiques du
concept de système remonte à 1750 avec l’abbé Etienne Bonnot de Condillac, en
s’inspirant du structuralisme (la pensée holiste), de la cybernétique et de la
théorie de l’information. Bertalanffy commence à s’intéresser à la biologie
théorique, puis à l’évolution des organismes avant d’étudier la robotique. Il
développe le concept de « système ouvert » en biologie avant
d’étendre cette conception à l’intégralité du monde scientifique en publiant
« Théorie Générale des Systèmes » en 1968. Ce livre est le premier
réunissant autant de domaines scientifiques simultanément puisqu’il
s’intéresse, évidemment, à la biologie mais aussi à la physique, aux
mathématiques, à l’économie, à la psychologie, à la sociologie et à la
cybernétique pour ne citer qu’eux. A travers ce livre, il met en lumière les
isomorphismes, les similarités de formes, tant dans la structure que dans
l’évolution et les interactions d’une multitude de systèmes dans l’Univers, et
utilise les mathématiques différentielles afin de définir des principes communs
dans les interactions et évolutions.
Ces travaux
vont être le socle du premier rapport du Club de Rome en 1972 intitulé « The
Limits to Growth ». Le livre/rapport est écrit par 3 chercheurs du
Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.), Dennis Meadows, Donella
Meadows et Jorgen Randers, qui ont utilisé l’un des premiers ordinateurs, afin
de simuler des scénarios de développement en mettant en relations cinq systèmes
simplifiés : les systèmes alimentaire, industriel, démographique, les
ressources et la pollution. Ce modèle informatique, baptisé World3, s’appuie sur le modèle de Jay W.
Forrester, contemporain de Bertalanffy et créateur du champ de la dynamique des
systèmes, s’intéressant à l’évolution et aux interactions dans les systèmes et
entre les systèmes. Les conclusions des simulations sont très préoccupantes
puisque la plupart des scénarii débouchent sur un effondrement de la
démographie, et donc des autres courbes, à l’exception de celui où l’objectif
de croissance tous azimuts, et notamment économique, est abandonné. Il met
alors en évidence le socle instable de la société contemporaine que sont les
énergies fossiles.
Parallèlement,
la notion de changement climatique se développe. L’effet de serre est un
phénomène connu depuis 1827 et les travaux de Joseph Fourrier, et l’implication
de l’Homme et de sa civilisation industrielle depuis la fin du XIX° siècle grâce
à Svante Arrhenius. La même année que la publication du rapport du Club de Rome
se tient la première conférence des Nations Unies sur l’environnement à
Stockholm, aussi appelé « Sommet de la Terre ». Cette conférence, en
plus d’être le point de départ de la réflexion écologique, débouche sur
l’adoption de 26 principes servant de base à l’écologie, mais surtout sur la
création du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). C’est à
travers ce programme que sera créer en 1988 le Groupe d’experts
Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC). Depuis, un « Sommet
de la Terre » a lieu tous les dix ans, le dernier en date étant le sommet
de Rio en 2012, et le GIEC est à l’origine de 5 rapports d’évaluation, le
dernier datant de 2014, et d’un rapport à l’attention des décideurs publié en
2018. On note également la création de la conférence des parties (COP), une
conférence annuelle issue de la Convention-Cadre des Nations Unies sur le
Changement Climatique (CCNUCC) adopté lors du sommet de Rio de 1992, qui en est
aujourd’hui à sa 24° édition, la dernière ayant eu lieu en 2018 à Katowice, en
Pologne.
Un an après « The
Limits to Growth » et le premier « Sommet de la Terre », en 1973,
même si la date de début convenue est 1971, survient le premier Choc Pétrolier,
alertant l’opinion publique sur la question des énergies fossiles. Ce choc
pétrolier influencera énormément la conception économique comme le besoin de
diversification de l’approvisionnement énergétique, la création de structures
entrepreneuriales plus résilientes comme les districts en Italie, mais surtout
mettant fin aux trente glorieuses avec le retour du chômage. L’écologie devient
alors une nécessité et est prise au sérieux jusqu’à influencer le président
Jimmy Carter dans son idéologie politique et économique. Même si la question de
la protection de l’environnement n’intervient pas encore, les politiques mises
en œuvre et les courants de pensée sont belle et bien écologiques, donnant par
exemple naissance à la « permaculture », une méthode de conception de
systèmes, majoritairement agricoles, s’affranchissant du pétrole, ou encore la
recherche sur les panneaux solaires et l’ensemble des énergies aujourd’hui
appelées « renouvelables ».
La prise de
conscience écologique aura donc bientôt 50 ans et est aujourd’hui un sujet
ancré dans la société. De multiples instances internationales ont été créées et
pourtant le discours scientifique n’a jamais été aussi alarmiste et critique
envers les forces gouvernementales. En effet, un grand nombre de scientifiques
dénoncent un « greenwashing » effectué sur les mesures engagées,
faisant passer des broutilles pour de grands bons en avant dont il faut se
féliciter. Alors qu’en est-il ?
C'est la question que je me suis posé à la fin de ma première année de master et c’est ce a
quoi j'ai essayé de répondre dans un mémoire en abordant l’épée de
Damoclès qui plane sur notre société qu’est le réchauffement climatique, et
avec lui la question des énergies fossiles, et que je vous livre aujourd'hui. Cet article en est l'introduction et est donc le premier d'une longue série. Ce mémoire constituera la base de ce blog et donc un état des lieux de la pensée de son auteur à un instant T. Le reste du blog sera ensuite voué à étayer ou critiquer les thèses qui y sont abordées, et bien plus encore, au grès du temps et des évolutions du monde.
Le quatrième rapport du
GIEC datant de 2007 place les activités humaines, et ceux de façon certaine à
90%, comme cause majeur du réchauffement climatique et notamment la combustion
d’énergies fossiles. Les deux problèmes sont donc à prendre ensemble car
stopper le réchauffement climatique implique de stopper la combustion
d’énergies fossiles et que ce point est particulièrement sensible tant notre
société en dépend. Je me suis donc demander quelles sont les implications
du réchauffement climatique, à court, moyen et long terme, et s’il est
vraisemblable de penser réussir à l’endiguer, et si oui, comment ?
Afin de
répondre à cette problématique, nous commencerons par définir ce qu’est un
système afin de voir si la Terre et le climat sont régis par les règles de
comportements des systèmes.
Nous définirons clairement ce qu’est le
réchauffement climatique, quelles seront ses conséquences supposées et quelles
sont les recommandations faites par le GIEC et la majorité du monde
scientifique. Nous aborderons également la question des énergies fossiles et tenterons
de mettre en lumière ce que veut réellement dire « décarboner
l’économie ».
Ensuite, nous
étudierons la psychologie du réchauffement climatique en nous focalisant sur la
psychologie de masse et les comportements de coopération afin de déterminer quels
sont les obstacles psychologiques à l’action individuelle et collective contre
le réchauffement climatique, mais aussi afin de déterminer quel serait le
meilleur système de gouvernance face à cette crise.
Finalement, nous nous pencherons ensuite sur la
géopolitique du changement climatique et tenterons d’éclaircir les différents
conflits d’intérêts qui peuvent bloquer la mise en œuvre d’actions de grande
envergure. Nous nous intéresserons aux cas des Etats-Unis, de la Chine, de la
Russie et de l’Union Européenne. Nous terminerons par un exercice de
prospective en essayant de prédire des scénarii d’évolution.
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